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Connecter le monde

L’infrastructure des données

Par leur caractère numérique, les données modernes ont impérativement besoin d’infrastructures pour être collectées, échangées, stockées, traitées et distribuées. Pour tirer pleinement parti de la valeur économique et sociale des services de données de modernes, il faut une infrastructure numérique accessible à tous qui offre un débit Internet suffisant à un coût abordable. Cependant, le monde en développement accuse un retard dans ce domaine, alors qu’on observe de grandes disparités entre les riches et les pauvres en ce qui concerne la connectivité large bande, et qu’un large fossé se creuse entre les pays riches et les pays pauvres pour ce qui est de la disponibilité de l’infrastructure des données. Des politiques bien conçues en matière d’infrastructure sont nécessaires pour inverser cette tendance négative.

L’infrastructure des données forme une chaîne d’approvisionnement qui commence dans les centres mondiaux de stockage de données et les installations de traitement de données (connues comme des plateformes infonuagiques). De là, les données passent par des points d’échange Internet (IXP) pour être transférées aux différents utilisateurs. Puis, elles circulent à l’intérieur et à l’extérieur des pays par le biais d’un réseau intercontinental de câbles sous-marins. Une fois sur le territoire national, elles sont distribuées via la fibre optique nationale et des réseaux de liaisons hertziennes, jusqu’à ce qu’elles atteignent un endroit proximal pour la distribution aux communautés locales. Enfin, elles sont échangées avec des particuliers, des entreprises ainsi que des institutions publiques à travers des lignes fixes ou des signaux mobiles, et de plus en plus de machines inanimées, de cameras et de capteurs reliés à Internet par l’Internet des objets (IdO).

Aussi bien les personnes pauvres que les pays pauvres sont confrontés à des inégalités fondamentales dans leur capacité à accéder à l’infrastructure des données. Pour participer à l’économie fondée sur les données, les gens ont besoin d’une connectivité Internet. Pourtant, de vastes pans de la population restent exclus du web : particulièrement les pauvres, les analphabètes, les personnes âgées, les ruraux et, dans certaines régions du monde, les femmes. Cette situation complexe illustre à la fois les défis liés à l’offre qui tiennent au déploiement de la couverture des technologies mobiles de pointe, ainsi que les obstacles associés à la demande qui empêchent les utilisateurs potentiels d’avoir recours aux services une fois que ceux-ci sont disponibles. De plus, compte tenu du volume croissant de données qui sous-tendent l’activité économique et sociale, la connectivité n’a de sens que si elle peut être assurée à un coût abordable et à une vitesse suffisante.

Populations

Déficits

Le défaut de connectivité numérique dans le monde en développement peut être expliqué par trois différents types de déficits : le déficit de couverture qui désigne le fait que l’infrastructure numérique du dernier kilomètre n’atteint pas encore toutes les localités habitées ; le déficit d’utilisation qui désigne le fait que, même lorsque la couverture est assurée, le service ne sera généralement pas utilisé par toutes les populations concernées ; et le déficit de consommation qui désigne le fait que, même lorsque les populations utilisent le service, la consommation des données reste typiquement faible.

Faible revenupays}Déficit de couvertureProportion de la population couverte66%34%Revenu élevépaysDéficit de couvertureProportion de la population couverte99%1%

Source: World Bank. 2019. Innovative Business Models for Expanding Fiber-Optic Networks and Closing the Access Gaps. Washington, DC: Digital Development Partnership, World Bank.

Combler le déficit de couverture

En 2018, plus de 600 millions de personnes n’avaient pas accès à Internet, ce qui est sans commune mesure avec la cible fixée pour l’Objectif de développement durable relatif à l’accès pour tous à Internet à un coût abordable d’ici à 2020. La majeure partie de ceux qui ne sont pas connectés vivent dans des pays à faible revenu. On estime qu’il faudra investir environ 100 milliards de dollars en Afrique uniquement pour assurer l’accès de tous à l’Internet large bande d’ici à 2030. Combler le déficit de couverture suppose de réduire les prix de détail, d’introduire la concurrence dans le réseau, d’autoriser le partage des infrastructures, d’améliorer la disponibilité et l’accessibilité financière du spectre, de faire usage des nouvelles technologies et de réformer les systèmes de financement du service universel.

Résorber le déficit d’utilisation

Sur les 3,8 milliards de personnes qui n’utilisaient pas Internet en 2018, 3,1 milliards vivaient à portée d’un signal mobile à haut débit. Les efforts déployés par les pouvoirs publics pour assurer l’accès de tous aux services sont généralement axés sur l’élimination du déficit de couverture en renforçant l’offre, mais les politiques publiques devraient être réorientées de plus en plus vers la levée des obstacles liés à la demande qui limitent le recours aux services, créant ainsi un déficit d’utilisation important. Il faut pour cela cibler les segments les plus mal desservis, en s’attaquant au problème généralisé de la culture numérique et en rendant les services numériques et les services de données plus abordables.

Réduire le déficit de consommation

Même parmi les personnes connectées à Internet et abonnées à des services de données, on observe toujours un large déficit de consommation de données mobiles dans les pays et les régions à tous les niveaux de revenu. Le déficit de consommation est encore plus important lorsqu’on prend en compte la connexion fixe à haut débit. Le nombre d’abonnements au service fixe large bande est nettement plus élevé dans les économies à revenu élevé, et en raison de forfaits de données plus favorables, ces abonnements permettent des niveaux de consommation plus importants — potentiellement jusqu’à 100 fois plus – que les offres de services mobiles. Pour combler le déficit de consommation, il faut s’attaquer à la question de l’accessibilité financière et remédier à des obstacles techniques tels que le faible débit d’Internet.

Note : Les indicateurs sont définis ainsi qu’il suit : le déficit de couverture est le pourcentage de la population qui vit au-delà d’un signal large bande ; le déficit d’utilisation est le pourcentage de la population qui n’utilise pas Internet bien qu’habitant à portée d’un signal large bande ; et le déficit de consommation est l’écart entre la consommation moyenne des données et la norme proposée de 5 Go par mois en pourcentage.

Accessibilité financière

De nombreux utilisateurs d’Internet dans des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire limitent leur utilisation des données mobiles pour des raisons d’accessibilité financière. Une étude menée dans 11 pays émergents a révélé qu’une médiane de 48 % de répondants avait de la peine à payer leur consommation de données mobiles, et 45 % limitaient souvent ou à l’occasion leur utilisation de données. Au lieu d’acheter de larges volumes de données sur une base mensuelle, les utilisateurs en acquièrent de petites quantités lorsqu’ils ont de l’argent.

Faible revenupays}Achat d’un smartphoneCoût en pourcentage du revenumensuel moyen* revenu intermédiaire supérieurrevenu mensuel moyen80%Revenu élevépaysAchat d’un smartphoneCoût en pourcentage du revenumensuel moyen* revenu intermédiaire supérieurrevenu mensuel moyen13%

Accessibilité des combinés téléphoniques

Les pauvres qui souhaitent accéder à Internet doivent au préalable être capables de s’offrir un appareil mobile. L’étude de l’Alliance pour un Internet à la portée de tous (A4AI) indique que les 42 dollars que coûte un smartphone d’entrée de gamme dépassent 80 % du revenu mensuel dans les pays à faible revenu. Les impôts, les droits de douane et d’autres frais ont aussi une incidence sur l’accessibilité financière de ces appareils. En dépit de la faiblesse du pouvoir d’achat de leur population, les pays à faible revenu imposent en moyenne les droits de douane les plus élevés sur les téléphones mobiles, ce qui renchérit ces derniers de 7 % en moyenne.

Accessibilité des forfaits de données mobiles

La question du niveau de dépense abordable pour les services de données fait l’objet de discussion dans certains cercles. L’Alliance pour un Internet à la portée de tous a établi un seuil réglementaire d’accessibilité financière de 2 % du revenu mensuel pour un seuil réglementaire de consommation de 1 gigaoctet par mois. Ce seuil a par la suite été adopté par la Commission onusienne sur le large bande. Les recherches menées aux fins du présent rapport indiquent que le seuil réglementaire de consommation pourrait être de 660 mégaoctets par mois pour des services de base, mais presque 10 fois supérieur si les réseaux sociaux et la diffusion de vidéos en continu sont pris en compte.

Sources:

Pays

Infrastructure

L’infrastructure est un préalable à la collecte, à l’échange, au stockage, au traitement et à la distribution de données modernes en raison du caractère numérique de ces dernières. Cependant, le monde en développement accuse un retard dans ce domaine, alors qu’un large fossé se creuse entre les pays riches et les pays pauvres pour ce qui est de la disponibilité de l’infrastructure des données. Des politiques bien conçues en matière d’infrastructure sont nécessaires pour inverser cette tendance négative.

Faible revenupays69%Pays à faible revenu......aumoins 1 IXPGMBLBRTGOHTIBDITZABENRWAGINNPLSOMTCDMWIMLIBFAMDGMOZAFGCODUGACAFETHGNBNERSLESSDSYRTJKYEMPaysn’ayant pasIXPRevenu élevépays89%Pays à revenu élevé......aumoins 1 IXPESTNZLLUXLTUTTOSWENORAUSSGPLVAFINCYPCHEIRLNLDAUTSVKDNKSVNPRTCZECHLCANUSADEUFRAHRVKWTPOLPANAREGBRGRCITABELESPJPNISRHUNKORSAUBHRMLTOMNQATURYPayswithoutany IXPIXPs per capita0>= 1

Créer des points d’échange Internet (IXP)

En maintenant le flux de données locales à l’intérieur du pays, les IXP peuvent réduire la dépendance à l’égard de la bande passante internationale, ce qui permettrait d’abaisser les coûts et d’accroître la vitesse d’échange des données. Une étude couvrant l’Amérique latine a constaté que les « bits locaux » coûtent moins cher que les « bits exportés », et révélé que la région avait dépensé autour de 2 milliards de dollars en une année pour la bande passante internationale — une somme qui aurait pu être réduite d’un tiers si on avait davantage eu recours aux IXP. Les IXP diminuent le temps qu’il faut pour extraire des données, améliorant de ce fait l’expérience de l’utilisateur. Au Rwanda, il est 40 fois plus rapide d’accéder à un site web hébergé localement (<5 millisecondes) qu’à un autre qui serait hébergé aux États-Unis ou en Europe (<200 millisecondes).

Développer des centres de données en colocation

Les centres de données sont devenus une composante essentielle de l’infrastructure des données. Dans un centre de données, des ordinateurs en réseau assurent le stockage, le traitement et la distribution à distance des données. Ces centres sont principalement exploités par des sociétés mondiales de technologie de l’information, des gouvernements et des entreprises qui hébergent des données d’autres entreprises (centres de données en colocation). Les centres de données peuvent prendre la forme de petites salles d’organisations dans lesquelles les données sont conservées dans des dispositifs de stockage reliés à des serveurs informatiques, ou de vastes installations semblables à des entrepôts où sont disposés des serveurs sur des rayonnages. Les centres de données en colocation offrent de multiples avantages aux entreprises, parmi lesquels l’espace physique pour stocker une quantité croissante de données, la sécurité associée aux normes de fiabilité élevées du secteur (car ils ne tombent quasiment jamais en panne), et une facilité d’accès à Internet en raison de leur association croissante avec des IXP.

Création de « bretelles d’accès » au nuage

Le traitement des données est de plus en plus confié à des plateformes en nuage qui disposent de moyens informatiques de pointe, combinés à des améliorations significatives en termes de capacités et de vitesse de traitement des données. Les bretelles d’accès au nuage sont des connexions privées entre des centres de données et des fournisseurs de services infonuagiques qui sont administrés directement par ces derniers. Elles permettent aux clients d’interagir directement avec des fournisseurs de services infonuagiques à l’étranger par l’intermédiaire d’IXP locaux situés dans des centres de données en colocation sans avoir besoin d’utiliser Internet pour accéder aux services en nuage, et offrent d’importants gains de sécurité, de fiabilité, de vitesse et de coûts.

Source: Comini, Niccolo, Sharada Srinivasan et Michael Minges. À paraître. « The Role of a National Data Infrastructure : Internet Exchange Points, Content Delivery Networks, and Data Centers. » Document d’information : Rapport sur le développement dans le monde 2021 : Des données au service d’une vie meilleure, Banque mondiale, Washington, DC.

Vitesse

La vitesse de connexion à Internet est un déterminant important de la qualité du service fourni. Alors que dans les économies développées, la vitesse de téléchargement à partir de connexions fixes est généralement supérieure à celle d’appareils mobiles, c’est le contraire qu’on observe dans les pays émergents. Cela s’explique par les technologies plus anciennes utilisées pour le réseau fixe dans de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire. Ce nonobstant, la vitesse de téléchargement par mobile dans les pays à faible revenu reste nettement inférieure à celle observée dans les pays à revenu élevée.

Vitesse de téléchargement (Mb/s)00303060609090120120150150180180210210Faible revenupaysMadagascarTajikistanNepalTogoLiberiaMaliSomaliaUgandaTanzaniaRwandaEthiopiaHaitiBeninSierra LeoneGuineaBurundiGambia TheAfghanistanMozambiqueSyrian Arab RepublicBurkina FasoMalawiCongo Dem. Rep.Yemen Rep.Revenu élevéepaysSingaporeHong Kong SAR ChinaMonacoSwitzerlandFranceSwedenUnited StatesDenmarkLiechtensteinHungarySpainMacao SAR ChinaCanadaKorea Rep.NorwayLuxembourgNetherlandsNew ZealandPortugalAndorraLithuaniaLatviaJapanMaltaUnited Arab EmiratesPolandChileIsraelBelgiumFinlandSan MarinoPanamaBarbadosGermanyQatarIrelandSlovak RepublicKuwaitSloveniaUnited KingdomEstoniaItalySaudi ArabiaTrinidad and TobagoCzech RepublicAustriaAustraliaUruguayCroatiaOmanBahamas TheCyprusBahrainGreeceBrunei DarussalamSt. Kitts and NevisSeychellesAntigua and Barbuda

Vitesse associée aux forfaits de données mobiles

Sur les 24 pays à faible revenu étudiés, seul Madagascar (4 %) offre une vitesse moyenne de téléchargement sur mobile d’au moins 30 Mb/s. En revanche, la plupart des pays à revenu élevé — soit 88 % des 58 pays étudiés — affichent des vitesses moyennes de téléchargement sur réseau fixe d’au moins 30 Mb/s.

Source: Speedtest. 2021. « Speedtest Global Index », Speedtest.

Prix

Le volume de données transférées sur le réseau augmente de façon régulière et la pandémie en cours n’a fait que renforcer cette tendance déjà croissante. Les prix de transit des données peuvent varier selon votre emplacement. Pour avoir connecté près de 90 % de la capacité Internet, les villes dans l’Union européenne et aux États-Unis sont les centres de transit de données les moins chers au monde.

Coût de l’échange de 10 Go de données$0.5$1$2$4$8

Source: TeleGeography

Prix de transmission de données

Les prix appliqués à l’échange de trafic de données restent hautement variables. Ils sont relativement modestes dans les pays à revenu élevé où le trafic est le plus important. Par exemple, le coût de l’échange de données se situe autour de 0,45 dollar le mégabit par seconde en Amérique du Nord et 0,62 dollar par mégabit par seconde à Londres.

Prix du transit de protocole internet (IP) dans les pays en développement

Les prix de transit dans les pays du Sud sont nettement plus élevés que ceux appliqués dans l’UE et aux États-Unis. Cela s’explique par un déséquilibre de flux de données dû à des écosystèmes numériques moins développés (par exemple la faiblesse des infrastructures intérieures de données et le degré limité de concurrence). À titre d’illustration, le coût de l’échange de données se situe autour de 2,38 dollars à Sao Paulo et 5 dollars à Johannesburg.